Franco-Belgian Union Conference

D’un petit lumignon à nos jours : 150 ans de présence adventiste en France

Jacques Trujillo
D’un petit lumignon à nos jours : 150 ans de présence adventiste en France

Ce qui me frappe le plus en faisant ce retour sur les 150 ans de présence adventiste en France, c’est la quasi-insignifiance des débuts. Quelques femmes, quelques hommes, à peine une poignée. Mais quel esprit d’entreprise, quel dynamisme ! Ce voyage de mémoire est donc tout d’abord élan de reconnaissance pour celles et ceux qui ont « fait l’évènement ».  

Le message est venu d’ailleurs. Dès 1864, (l’Eglise adventiste du septième jour a été organisée aux États-Unis en 1863) un polonais, Michael Czechowski, fonde les premières églises adventistes en Suisse et en Italie. Puis John N. Andrews, étatsunien, premier missionnaire officiel, s’installe en Suisse et lance la revue Signes des Temps. En Français !  

Enfin dans cette naissance progressive, John Andrews est rejoint à Bâle par un couple de Canadiens francophones : Daniel et Marion Bourdeau, qui décide d’annoncer le prochain retour du Christ dans le sud de la France. Pourquoi le sud ? Peut-être parce qu’il y a des précédents dans l’hagiographie protestante : Pierre Valdo à Lyon, les Vaudois dans le Lubéron et le Piémont, les Cathares dans l’Aude et le Tarn, Jeanne d’Albret dans le Béarn et la Navarre, les Réformés en particulier dans le Gard avec les Camisards cévenols.

Donc, en 1876, voici Bourdeau à Valence, dans la Drôme. Pourquoi Valence ? Peut-être le hasard, l’autre main de Dieu. Peut-être aussi quelques souvenirs prophétiques, puisque c’est à Valence qu’est mort le Pape de « la blessure mortelle ». La prédication de Bourdeau porte des fruits : 17 valentinois acceptent le baptême par immersion. Une communauté est née.

De son côté, un cultivateur protestant de Lacaze, dans le Tarn, Louis Carayon, après avoir lu un numéro de Signes des Temps en français (souvenez-vous), décide, ni une ni deux, de se rendre à Bâle. A pied jusqu’à Nîmes, en train ensuite. Il est baptisé en Suisse et, lorsqu’il revient dans le Tarn, fonde en 1882 l'Église adventiste de Viane-Pierre-Ségade. La Chapelle adventiste, la première de France, quant à elle, sera construite en 1925 par les membres eux-mêmes. Elle est toujours fidèle au poste !

De son côté, Bourdeau poursuit sa mission. En 1884, à Branges (Saône-et-Loire) 15 personnes acceptent le baptême. À Bastia, 11 personnes constitueront la première communauté adventiste en Corse.

En 1886, Bourdeau reçoit Ellen G. White à Nîmes, l’un des centres importants du protestantisme français. La prédicatrice américaine offre, pendant 15 jours au mois d’octobre et sous tente, 10 sermons au public nîmois peu habitué au « camping évangélique » et à la « langue de Shakespeare ». L’année suivante, 14 personnes se joindront à l’Église adventiste du septième jour. Modeste récolte ! Pourtant, en 1909, le département du Gard comptait 53 membres, soit 20% des adventistes de France.

Si je sais compter : 265 membres pour toute la France. Peu ! Mais entreprenants et créatifs. Ecoutez plutôt !

Les adventistes, comme tous les français, ont vécu les guerres mondiales avec leur lot de malheurs et de souffrances. L’Agence adventiste de développement et de secours (elle prendra ce nom en 1984) inaugure son travail en France en 1918 par des actions de secours dans les zones dévastées. Adra France poursuit aujourd’hui ce travail de solidarité en France et dans le monde entier où famines, catastrophes, guerres ne manquent, hélas, pas.

En 1921 est créé le Séminaire adventiste à Collonges sous Salève pour la formation des pasteurs et l’instruction des enfants.

En 1922, la Maison d’édition Signes des temps, installée jusque-là à Bâle, est transférée à Dammarie les Lys, en région parisienne. Elle prendra le nom d’Éditions Vie et Santé.

Les adventistes s’intéressent à l’évangélisation, bien sûr. La radio La Voix de l’Espérance et le studio d’enregistrement sont créés en 1948 et dirigés par Roger Fasnacht. La santé les intéresse aussi. La Revue Vie et Santé, « Conseiller médical des Familles », est fondée en 1890. Le docteur Jean Nussbaum en sera le rédacteur en chef de 1923 à 1939. En 1921 est fondée la société Pural (PurAliments) pour la fabrication et la commercialisation de produits alimentaires sains. À Paris, en 1982, deux boutiques privées ouvriront : Rayons de Santé de Nicolas et Ditta Varadi (frère et sœur) et Bible et Nature de Bernard Vauriac, membres tous les trois de l’Eglise adventiste.

Les adventistes n’oublient pas les anciens. En 1949, à Pignan, dans l’Hérault, Madame Becker et le pasteur Adi Zurcher achètent une maison de village et en font un lieu d’accueil pour personnes âgées. En 1974, de nouveaux bâtiments sont construits à Clapiers, près de Montpellier, pouvant accueillir jusqu’à 95 résidents : Le Foyer du Romarin. Aujourd’hui encore, cette aventure humaine se poursuit. À Crest,  dans la Drôme, une autre maison familiale pour personnes âgées, Sans soucis, est créée en 1966. Elle accueille 14 pensionnaires. Elle sera dirigée jusqu’en 1995 par la famille Penner.

Et la jeunesse alors ? Elle est bien présente. Elle est organisée dans les principes du scoutisme. Le premier congrès de la jeunesse adventiste européenne se réunit à Chemnitz (Allemagne) en juillet 1928 et regroupe 1 800 jeunes. Le premier organisé en France a lieu à Paris en juillet 1951. Y participent 5 000 jeunes. En 1981, la Fédération France-Sud des Églises adventistes achète une propriété d’environ 30 hectares dans les Cévennes, près de Monoblet. Le Moulin de l’Ayrolle a reçu et reçoit toujours d’innombrables groupes, camps, colos, stages, classes vertes etc.

En 1946, à Paris, est fondée par le docteur Jean Nussbaum, l’Association Internationale pour la Défense de la Liberté Religieuse (AIDLR) dont la première présidente de son comité d’honneur fut Madame Franklin Roosevelt suivie ensuite par M. Léopold Sédar Senghor. Aujourd’hui encore, cette association, en lien avec sa sœur américaine IRLA, poursuit son travail de promotion et de défense de la liberté de conscience et de religion.

Voilà pour ce bref historique, qui ne dit pas tous les engagements, la consécration, le travail des uns et des autres personnes connues ou anonymes.

En conclusion, je souhaite apporter un témoignage personnel. Là où cela a commencé. À Valence ! 

En 1978, ayant terminé les études de théologie au « Séminaire » de Collonges, la Fédération France-Sud a eu la bonne idée de nous envoyer, Françoise et moi, vivre le stage pastoral à Valence dans l’accompagnement bienveillant du pasteur Roland Vertallier. Je dis « bonne idée », parce que nous avons trouvé dans la communauté adventiste de Valence tout ce qu’il fallait pour renforcer notre ministère pastoral. Un accueil fraternel, bien sûr, mais plus que cela. L’Église adventiste de Valence vivait un profond engagement dans l’évangélisation et dans le soin apporté aux jeunes. Cela se traduisait par un dynamisme communicatif. La communauté s’était dotée en 1977 d’une école d’Église regroupant 18 élèves de la maternelle au CM2. Deux institutrices, Simone Charrière et Evelyne Gauthier, instruisaient ces enfants. Mais ce n’est pas tout. L’Eglise avait également fait l’acquisition d’une propriété dans un village aux pieds du Vercors, La Baume-Cornillane (pendant longtemps village 100/100% protestant). Une grange et un terrain où, tous les quinze jours environ, qu’il vente ou qu’il gèle, 15 à 20 jeunes passaient le week-end. Mémorable ! L’école a malheureusement été fermée faute d’élèves. Mais la Grange est toujours là, à votre disposition. Et l’Église aussi !  Très belle expérience. MERCI AUX UNS ET AUTRES ! Aujourd’hui l’Église adventiste du septième jour regroupe sur le territoire français 56 955 membres, dont 17 798 en métropole. MERCI SEIGNEUR !

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