
20 août 2026 | Jean-Paul Barquon, pasteur retraité et ancien secrétaire général de l’UFB, Revue adventiste, BIA
Lors de l’Assemblée générale annuelle de la Fédération protestante de France (FPF) qui s’est tenue à la Maison du Protestantisme à Paris les 11 et 12 mars 2006, la centaine de délégués ont accepté de s’enrichir de l’UFA (Union des Fédérations adventistes de France) 1, représentant à l’époque de 123 églises locales, 88 pasteurs et 11 000 membres.
Les délégués protestants ont également voté l’adhésion définitive de la CEEF (Communion des églises de l’espace francophone), de la CÉPÉE (Communion d’églises protestantes évangéliques), l’UAPM (Union des assemblées protestantes en mission) et de l’UEPFF (Union des églises protestantes Foursquare).
Cela fait maintenant 20 ans que l’UFA est membre de cette instance nationale. Faut-il le rappeler encore, la FPF n’est pas une Église et ses statuts sont ceux d’une association régie par la législation de 1901. 2 Elle n’a pas de credo avec un programme cultuel et liturgique. La FPF est une plate-forme rassemblant les églises issues de la Réforme du XVIe siècle et des mouvements de réveil du XIXe siècle. Fallait-il se tenir à l’écart et en marge en tant qu’Église adventiste du septième jour ?
L’administration adventiste s’est prononcée en faveur d’une adhésion. L’adhésion engage dans le dialogue, ce n’est pas une fusion. L’adhésion engage aussi l’adhérent à maintenir sa personnalité et toute son intégrité, ce n’est pas une confusion. L’adhésion engage donc les deux partis à collaborer, à s’aider mutuellement, c’est l’union de deux partenaires.
Le processus de dialogue pour se comprendre
Cette adhésion de l’UFA ne s’est pas faite n’importe comment mais elle a suivi un processus que la Revue adventiste n’a pas manqué d’évoquer depuis longtemps. 3 Elle informait ses lecteurs non seulement sur l’évolution de l’adhésion mais sur le bénéfice du dialogue et des activités communes. L’administration adventiste s’est penchée dès 1991 sur ce projet d’adhésion, en consultant différentes instances tant au niveau de son administration et de ses membres que de la Conférence Générale.
| Juillet 1991 | Première mention du projet d’adhésion au sein de l’UFB et consultation des présidents de la FFN et de la FFS. |
| Consultation de la Division eurafricaine pour avis. | |
| Octobre 1991 | L’Institut adventiste du Salève avec son corps professoral vote d’encourager l’UFB à devenir membre de la FPF. |
| Octobre 1992 | Accueil des membres du bureau de la FPF au siège de la FFN à Paris 75013. |
| 24 mars 1993 | Vote de l’assemblée générale administrative de l’UFB pour encourager de poursuivre le dialogue avec la FPF. |
| Mai 1993 | Les présidents de l’UFB, de la FFN, de la FFS, du Campus et du doyen du Campus rencontrent à Paris le président de la FPF. |
| Fin mai 1993 | Le président de la FPF est l’invité du Conseil d’administration de la FFN. |
| Janvier 1994 | Le Conseil d’administration de la FFN vote à l’unanimité de soutenir cette démarche. |
| Février 1994 | La FFS demande à l’UFB de préparer un document exposant les aspects positifs et négatifs des influences et conséquences qui peuvent se produire par cette adhésion. |
| Juin 1994 | La FPF modifie sa charte et consulte l’Église adventiste avant sa rédaction définitive. En effet, le statut de membre associé est réservé aux Églises et aux associations étrangères. |
| De juin 1994 à 1995 | Nombreuses consultations des pasteurs et des membres des églises des deux Fédérations françaises (avec votes consultatifs à bulletin secret). |
| Février 1995 | Vote consultatif du corps pastoral de la FFN et de leurs anciens d’églises. |
| Mai 1995 | Les éditions Vie et Santé se prononcent favorablement à cette démarche. |
| Mai 1995 | Le conseil d’administration de la FFN émet un vote défavorable au projet d’adhésion de l’Union à la FPF (7 opposés et 4 abstentions). |
| 1er novembre 1995 | Rencontre à Lyon du Conseil d’administration de l’Union, celui des deux Fédérations de France, de la Belgique et des représentants du Campus adventiste du Salève. Exposés des positions divergentes par les tenants et débat puis vote à bulletin secret.
(Vote favorable à la majorité pour soutenir l’Union dans cette démarche d’adhésion). |
| Novembre 1995 | Le conseil d’administration de l’UFB vote de déposer le dossier de candidature auprès de la FPF. |
| Janvier 1996 | Édition d’un dossier tiré à part transmis aux églises des Fédérations et publication dans la Revue adventiste. |
| 1998 | L’Assemblée générale de l’UFB confirme à la fois la poursuite du dialogue et la demande d’adhésion. |
| 9 février 2003 | L’Assemblée de l’Union réunie à Paris vote à la majorité des délégués présents le projet d’adhésion. |
| 22 – 23 mars 2003 | La FPF reçoit la candidature officielle de l’UFB. Le Conseil d’administration de la FPF nomme une Commission chargée d’instruire cette candidature. |
De son côté, le Conseil d’administration de la FPF ne voulant pas se précipiter a suivi un processus légitime depuis 1996 en désignant une Commission paritaire pour étudier, comprendre et mesurer la théologie adventiste et son action au niveau des pasteurs, de ses membres et de son administration nationale et internationale.
En mars 2000, une nouvelle étape se poursuit pour trois ans de dialogue au niveau régional avec les pasteurs des églises locales (rencontres pastorales entre les Églises en demande d’adhésion). Le 12 octobre 2000, rencontre à Paris des pasteurs adventistes et des pasteurs des églises et mouvements déjà membres de la FPF. Les 22 et 23 mars 2003, en recevant la candidature officielle de l’UFA, la FPF nomme une Commission chargée d’instruire cette candidature.
Avril et juin 2003, rencontre de la Commission avec l’équipe de l’UFB. Le 11 octobre 2003, rapport de la Commission présenté au Conseil de la FPF. Le 29 novembre 2003 Assemblée générale extraordinaire de la FPF à Paris. La candidature des Églises en demande d’adhésion est dite probatoire pour une période de deux ans, à compter du 1er janvier 2004.
L’Assemblée générale de la FPF du 11 et 12 mars 2006 vote la demande d’adhésion de l’UFA.
Ce long processus a permis de s’examiner mutuellement tant au niveau des croyances fondamentales que des interprétations prophétiques en rassurant les plus sceptiques comme les plus réticents. Plusieurs thèmes furent présentés pour être mieux compris sans estomper les difficultés.4
Guy de Maupassant affirmait avec raison : « On n’a vraiment peur que de ce qu’on ne comprend pas ».
En France, avant le régime de séparation entre l’État et l’Église, une commission d’étude avait envisagé le 11 janvier 1904, la protection des minorités protestantes alors que les travaux en vue d’établir la loi de séparation commençaient. La FPF date de 1907. 5
Les raisons de l’adhésion
À moins d’être volontairement isolé, replié sur lui-même, l’adventisme français même avec sa dimension internationale, ne peut rester crispé sur ses convictions, tourner le dos à la société et ignorer qu’elle n’est pas seule au sein de la diversité religieuse. Nous ne souhaitons pas être tenu à l’écart du débat religieux, des actions protestantes et évangéliques. En tant qu’institution nous l’avons été depuis trop longtemps dans le passé alors que sur le plan individuel bien des pasteurs et des membres ne le sont pas dans leurs relations.
Il était important de comprendre que l’adventisme soit mis sur le même niveau que les églises issues de la Réforme protestante.
Déjà en 1961, lors d’un entretien avec le président Marc Boegner (1881-1970) de la FPF, il avait été demandé au Docteur Jean Nussbaum si l’Église adventiste de France accepterait de se joindre à cet héritage protestant de la FPF. C’est avec regret que Jean Nussbaum lui répondit que les adventistes de France n’étaient pas disposés à entreprendre une telle démarche, voulant se cantonner dans une totale indépendance et de neutralité. » 6.
Depuis, il est apparu bien opportun d’entretenir des relations, de les multiplier tant au niveau des associations, des mouvements de jeunesse comme celui du CPCV (Centre protestant de colonies de vacances) pour la formation d’animateurs et de directeurs diplômés d’État, ou de la société biblique dont plusieurs théologiens adventistes ont participé à des traductions, du DEFAP (Service protestant de mission), etc.
Les raisons de l’adhésion adventiste sont simples et peuvent s’articuler autour du mot « dialogue ».
- Dialoguer dans la présentation de nos croyances et dans la découverte de celles des autres.
- Dialoguer dans la compréhension de nos racines.
- Dialoguer dans la transmission de nos différences.7 (Faut-il rappeler que ces dialogues ne sont pas des prétextes pour tenter d’évangéliser ceux qui nous sont différents).
- Dialoguer pour exister et pérenniser notre mission au sein de la société française.
- Comprendre la raison d’être et les différences des traditions religieuses.
- Faire face ensemble aux défis de nos sociétés.
- Prier ensemble.
- Collaborer ensemble selon les besoins.
- Veiller au respect des libertés religieuses de tous, les soutenir et les défendre.
- Conjuguer certains efforts en participant à des commissions de travail, etc.
Présence dans les commissions
Le président de l’Union est membre du Conseil d’administration de la Fédération protestante de France. Différents pasteurs ou membres sont présents dans plusieurs commissions (Droit et liberté religieuse, jeunesse, relations avec le judaïsme, écologie, service TV, service radio, Éducation, etc.). Lors des Assemblées générales annuelles nous avons droit à la présence de délégués adventistes selon un certain quota. Si la Maison du Protestantisme est un lieu de débat, elle ne peut être un lieu de conflit pour les Églises attachées à Jésus-Christ et respectueuse de la diversité des convictions. L’interpellation réciproque reste toujours un bienfait dans le dialogue et le partage surtout lorsque l’amour fraternel et le respect atténuent les contrariétés.
Notes :
- C’est l’Union des Fédérations adventistes de France (UFA) qui demanda l’adhésion. La Belgique et le Luxembourg sont situés sur des territoires ne relevant pas de la FPF.
- Cette organisation rassemble aussi des œuvres, des associations et des mouvements n’étant pas des églises (cf article 1 de ses statuts).
- Cf Revue adventiste dans les numéros de janvier 1996, d’avril 2002, p.6 à 11, de janvier 2003, p. 5, d’avril 2003, p. 5, de mai 2003, p.6 et 7, de février 2004, p.6 à 9, de mars 2005, p.10, de décembre 2005, p.7, d’avril 2006 p.3, de mai 2006, p. 4 à 7, d’avril 2007, p. 2, de mai 2007, p.14 et 15.
- Les sujets débattus furent les points sensibles et particuliers comme l’herméneutique des écrits bibliques, des écrits d’Ellen G. White ; Jésus-Christ médiateur, Seigneur et Sauveur ; le sabbat dans la Bible ; le salut en J.C. et la justification ; la sanctification ; la reconnaissance du pluralisme dans la lecture des Écritures, l’Église du reste, la Sainte-Cène et le lavement des pieds, l’œcuménisme, la présence au monde, etc.
- Yves Parrend « Histoire de la Fédération protestante de France, 1905-1991 », thèse de Doctorat, Université de Strasbourg, Faculté de théologie protestante, 2019.
- Cité par Maurice Verfaillie, « L’identité religieuse au sein de l’adventisme », thèse de Doctorat, Université de Fribourg, Suisse, novembre 2009, p.350,351.
- Jean-Paul Barquon, Chapitre 11, « Le dialogue inter religieux », p. 293 à 309, in « Pluralité religieuse et vérité révélée. Le dialogue est-il possible ? », Éditions Empreinte, temps présent, Novembre 2024.
Article paru dans la Revue Adventiste de avril 2026 (pages 10-12).
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