
30 mars 2026 | Dammarie-les-Lys, France – David Milard, Pasteur, président de l’Union Franco-Belge et secrétaire général de l’AIDLR, Revue Adventiste Avril 2026 | BIA-ANN
Le dialogue au cœur de la foi
Il est des scènes bibliques dont la sobriété dérange nos réflexes religieux. Celle de Jésus et de Jean-Baptiste en fait partie. Jean n’est pas un adversaire du Christ. Il n’est ni un sceptique de salon, ni un agitateur opportuniste. Il est celui qui a préparé le chemin, celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu, celui qui a osé appeler Israël à la repentance. Et pourtant, depuis sa prison, ce même Jean envoie ses disciples poser une question troublante : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Question vertigineuse. Question presque scandaleuse. Comment le prophète du Jourdain peut-il hésiter encore ? Comment celui qui avait annoncé le Messie peut-il paraître douter de lui ? En réalité, Jean ne doute pas seulement d’un nom : il bute sur une manière d’être Messie. Lui attendait peut-être un juge plus tranchant, plus immédiat, plus conforme aux attentes d’un monde où la justice passe souvent par l’écrasement. Or Jésus guérit, relève, restaure, pardonne, annonce le Royaume aux pauvres. Il n’épouse pas la logique de la brutalité sacrée. Il ne s’impose pas par la force. Il ne confond pas vérité et violence.
Et c’est là que l’attitude de Jésus devient pour nous une règle de foi autant qu’une leçon de maturité spirituelle. Il ne s’offusque pas. Il ne traite pas Jean de traître. Il ne l’exclut pas du plan du salut. Il ne mobilise pas ses disciples contre lui. Il ne bâtit pas son autorité sur l’humiliation publique d’un homme blessé, déçu, désorienté. Il répond. Calmement. Par les œuvres. Par les faits. Par le réel du Royaume en marche. Puis il célèbre Jean devant la foule : plus qu’un prophète, le plus grand parmi ceux qui sont nés de femme.
Quelle élégance spirituelle. Quelle force paisible. Jésus ne laisse ni le soupçon, ni l’incompréhension, ni la divergence d’attente détruire le lien. Il demeure ferme sur son identité, mais serein dans la confrontation. Il continue sa mission sans transformer la tension en guerre. Il refuse deux pièges : l’effondrement intérieur, et la contre-attaque orgueilleuse.
Nous vivons à l’inverse dans une époque fascinée par l’affrontement. Le bruit remplace la pensée. La crispation tient lieu de conviction. L’agressivité se déguise en courage. Et trop souvent, le religieux épouse cette logique du monde au lieu de la contester. Dès qu’un désaccord surgit, certains rêvent d’anathème, d’exclusion, de pureté de camp. Comme si la vérité de Dieu avait besoin de nos brutalités pour se défendre. Comme si l’identité chrétienne se mesurait à notre capacité de dénoncer plus fort que les autres.
Or le dialogue interconfessionnel et interreligieux, lorsqu’il est vécu dans la vérité, n’est pas une trahison de la foi. Il est au contraire l’un des signes que l’Esprit de Dieu nous arrache à l’idolâtrie de nous-mêmes. Dialoguer, ce n’est pas renoncer à croire. C’est refuser de faire de sa propre compréhension limitée une prison pour Dieu. C’est accepter que le Seigneur, sans jamais se contredire, travaille l’histoire humaine avec une profondeur, une patience et parfois des médiations qui dépassent nos réflexes de tribu.
Car oui, nous devons rester fermes sur notre identité. Oui, nous devons annoncer le retour du Christ. Oui, nous devons porter une parole prophétique dans un monde inquiet, violent, fragmenté. Mais si cette parole n’est pas portée avec la noblesse du Christ, elle devient bruit religieux. Et si nous refusons de parler avec les autres, de les écouter, de leur répondre avec dignité, alors notre orthodoxie même risque de devenir infidèle à l’esprit de Jésus.
Osons donc le dialogue. Non comme stratégie de façade, mais comme discipline de l’Évangile. Non pour disparaître, mais pour mieux témoigner. Non pour plaire au monde, mais pour ressembler davantage au Christ.
EDITO – Revue Adventiste – Avril 2026
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Philippe Leduc
Rédacteur en chef et éditeur
