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Entretien avec Jonathan Contero : Témoigner dans une Europe sécularisée

8 août 2026 | Raphaël Grin, FSRT, Revue adventiste, BIA

Entretien avec Jonathan Contero, pasteur missionnaire en Suisse et directeur associé du Global Mission’s Center for Secular and Post-Christian Mission* à la Conférence Générale. Dans cet entretien, il nous partage son parcours de foi et son expérience missionnaire, que ce soit en Espagne ou plus récemment, depuis septembre 2024, en Suisse.

RA : Peux-tu te présenter et nous parler brièvement de ton parcours dans la foi ?

JC : Ma mère était adventiste, mon père ne l’était pas. J’ai grandi avec ces deux influences. Pendant mes études dans une université publique, j’ai reçu un appel de Dieu qui m’a conduit à arrêter mes études pour me former en théologie, en Espagne, en Angleterre puis à Collonges. J’ai exercé mon ministère en Espagne pendant plusieurs années avant d’arriver récemment en Suisse, appelé à une mission particulière dans un contexte européen très sécularisé.

RA : Qu’est-ce qui t’a marqué en arrivant à Genève ?

JC : Genève est une ville très internationale. Le sécularisme y est fort, mais différent de l’Espagne. Là-bas, il y a souvent une opposition claire à la religion ; ici, c’est plutôt de l’indifférence. Les gens ne sont pas contre Dieu, mais ils estiment que cela ne les concerne pas.

RA : En Espagne, tu as conduit un projet original. Peux-tu nous en parler ?

JC : L’église s’appelait « Zéro ». Le nom symbolisait des personnes sans référence religieuse. L’objectif n’était pas de commencer par une étude biblique, mais de construire des relations, de gagner la confiance, puis de cheminer progressivement vers la foi, la spiritualité et l’idée de Dieu.

RA : On entend de plus en plus parler des “Centres d’influence”, comme méthode d’évangélisation. Qu’est-ce qu’exactement un centre d’influence ?

JC : En Europe, commencer directement par parler de la Bible ou de Jésus fonctionne rarement. Les centres d’influence sont des projets comme des cafés, des espaces culturels ou sociaux. Ils permettent de créer des ponts avec la société. C’est une évangélisation relationnelle, inspirée de la méthode de Christ : d’abord gagner la confiance, ensuite seulement proposer une démarche spirituelle, librement.

RA : Quel projet est en cours à Genève ?

JC : Nous travaillons à l’ouverture d’un café. C’est un lieu adapté à la culture locale, surtout en hiver. L’idée est de proposer un espace accueillant, sans connotation religieuse, avec des boissons, des activités et des ateliers, afin de créer des relations authentiques.

RA : Cela signifie-t-il que les méthodes traditionnelles d’évangélisation ne sont plus adaptées ?

JC : Ce n’est pas que les méthodes soient mauvaises, mais la société a changé. Aujourd’hui, les gens ne sont plus en quête de vérité doctrinale, mais de sens, d’appartenance et d’espérance. Dans une société matériellement riche mais fragilisée sur le plan émotionnel, l’Église doit d’abord offrir un accueil avant un message.

RA : Quels sont les défis de ces projets ?

JC : Il y en a deux principaux. Le premier est l’équilibre entre mission et viabilité économique. Le second est de créer des ponts entre les centres d’influence et les communautés ecclésiales, qu’elles soient existantes ou nouvelles.

RA : As-tu des exemples concrets de l’impact des centres d’influence ?

JC : Oui, par exemple des bars sans alcool ou des cafés communautaires aux États-Unis et en Australie. Il n’y a pas toujours des baptêmes immédiats, mais des vies transformées, des dépendances brisées, des personnes qui retrouvent une communauté. La conversion est souvent un chemin de plusieurs années.

RA : Tu es aussi engagé dans un projet en Belgique.

JC : Oui, à Bruxelles, avec la pasteure Isabelle Raucy, très engagée et dynamique, qui travaille à l’implantation d’une Église en partant de zéro, ce qui est assez exceptionnel. Elle a déjà créé des liens avec différents acteurs locaux. C’est un projet pilote dans lequel nous plaçons beaucoup d’espoir.

RA : Que peuvent apprendre et appliquer les églises locales, même sans centre d’influence ?

JC : Trois mots : confiance, curiosité et ouverture. Être présent dans la société, créer de vraies amitiés, gagner la confiance, puis susciter des questions par une vie cohérente. Nous sommes très bons pour accompagner ceux qui cherchent déjà Dieu, mais nous devons mieux travailler ces premières étapes.

RA : Du 4 au 6 avril 2026, tu seras l’invité spirituel du congrès de la Jeunesse adventiste « Impact » à Montluçon. Quel en sera le thème ?

JC : Le thème sera Unbroken, la résilience. Dans un monde fragmenté, je souhaite encourager les jeunes à rester fidèles à leur identité et à leur relation avec Dieu, malgré les pressions et les idéologies concurrentes.

* Le Centre de Mission globale pour la Mission séculière et post-chrétienne est un structure mondiale de l’Église adventiste du septième jour, rattachée à la Conférence générale, ayant pour vocation de mieux comprendre les personnes sécularisées postmodernes, et à les accompagner dans une véritable relation avec Dieu.
Plus d’informations : https://cspm.globalmissioncenters.org

Article paru dans la Revue Adventiste de février 2026 (page 12-13)

Toute l’interview est à retrouver sur la chaîne YouTube de l’UFBL.

 

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Philippe Leduc

Rédacteur en chef et éditeur

Author Pôle communications

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